Nous connaissons tous la problématique mondiale liée à la production et au traitement des déchets et les dégâts environnementaux que ceux-ci causent. Les pouvoirs publics, les entreprises et les familles sont en marche vers une transition importante et les enjeux sont de taille. Dans le Brabant Wallon également. L’intercommunale InBW a décidé récemment de rénover sa seconde ligne d’incinérateur à Virginal. Cette décision va pourtant à l’encontre de tous les efforts, stratégies et objectifs actuellement développés à la fois à l’échelle européenne et régionale. Pourquoi ?

  • Au niveau européen, la directive cadre sur les déchets est claire quant à la hiérarchie d’actions à appliquer : en priorité prévenir et réduire, ensuite réparer et réutiliser (réemployer) avant de recycler, composter, d’incinérer et enfin de mettre en décharge. L’incinération arrive en avant-dernière position !
  • Au niveau régional, la déclaration de politique régionale wallonne quant à elle veut réduire de 50% les déchets à incinérer d’ici 2027 spécifiant également que les subsides aux nouveaux investissements dans les installations d’incinération seront arrêtés pour favoriser des alternatives de traitement plus en lien avec la hiérarchie d’action. Un plan régional d’infrastructure des déchets est par ailleurs en cours d’élaboration et est attendu pour fin 2021. Cette déclaration vise également une neutralité carbone au plus tard pour 2050. Dans ce cadre, l’incinération n’est pas un traitement sans conséquence puisqu’il rejette des fumées qui, même après traitement, participent au réchauffement climatique et peuvent avoir des effets néfastes pour la santé et l’environnement. En outre, l’incinération est préconisée presqu’en dernier recours dans le plan wallon des déchets-ressources (2018, p.277) et ce, uniquement quand la récupération et la valorisation des déchets n’est pas possible (d’un point de vue technique, environnemental, économique…). Certaines études montrent par ailleurs qu’une part plus ou moins importante de la fraction de déchets incinérée pourrait être mieux valorisée (vers le recyclage par exemple).
  • Au niveau de l’intercommunale, l’InBW s’engage dans son plan stratégique à entamer une décarbonation de ses activités et tendre vers le « zéro émission ». Elle veut également promouvoir la transition énergétique et l’économie circulaire dans le déploiement de ses projets. En terme de production de déchets, l’InBW se donne comme objectif pour 2024 (dans 4 ans) de diminuer à 90 kg/hab.an une production qui avoisine à l’heure actuelle les 140 kg/en moyenne par hab. et par an. Le passage aux poubelles à puces dans certaines communes montre qu’il est possible d’atteindre l’objectif des 90 kg/hab.an voire même de faire mieux ! Ce système a en outre permis de réduire de 44% les déchets ménagers destinés à être incinérés. C’est donc possible !

Si les ménages, mais aussi les entreprises (car elles vont aussi de voir faire des efforts aussi au regard du contexte) du Brabant wallon produisent de moins en moins de déchets/hab, si le tri à la source est encouragé et permet une valorisation plus efficiente des déchets (par le réemploi, le recyclage, le compostage ou la biométhanisation), si la décarbonation est définie comme objectif stratégique, et si l’économie circulaire devient un nouveau modèle de référence, quel est le sens d’investir dans la réfection d’une seconde ligne d’incinération dont le développement ne correspond ni à la vision de l’Europe, ni à celle de la Région Wallonne ni même à celle d’InBW?

Investir 15 millions dans cet incinérateur, c’est envoyer un signal contradictoire avec les stratégies et objectifs définis à ces différentes échelles de pouvoir. Est-ce véritablement une solution viable à terme au regard des enjeux qui nous préoccupent en tant que citoyens? Ne s’agit-il pas d’une pure opération financière ? Est-ce le rôle d’une intercommunale d’agir ainsi ? Car ces 15 millions d’investissements, il va falloir les rentabiliser. Ne va-t-on pas « justifier » qu’on détourne vers l’incinération une partie de déchets qui pourraient être mieux valorisés, qu’on en importe de plus ou moins loin voire qu’on n’incite plus les citoyens et entreprises à réduire leurs déchets ?

Nous sommes conscients que la décision a été prise par le CA en juillet dernier. Nous souhaitons que notre commune fasse entendre sa voix et réagisse auprès d’InBW pour leur demander de réévaluer leur position au regard du contexte général, de la hiérarchie d’action de la directive cadre déchet, des objectifs de la déclaration de politique régionale, et des perspectives futures en matière de valorisation des déchets dans une optique d’économie circulaire. Nous souhaitons également attendre le plan régional d’infrastructure des déchets prévu pour fin 2021 pour se repositionner en conséquence et en cohérence avec des objectifs plus globaux. Cela laisserait le temps de réfléchir à d’éventuelles alternatives plus innovantes et tournées vers une vision long terme cohérente avec le contexte dans lequel on évolue et en accord avec les principes énoncés dans le plan stratégique de l’InBW.

Emilie Gobbo

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