Lors du Conseil communal du 23 février 2021, la Ville de Wavre a proposé une motion relative à la « fracture bancaire ». Ecolo Wavre ne peut que se féliciter de ce revirement car il n’a cessé d’alerter les dirigeants de la commune à propos de la dislocation progressive des services publics (transports en commun, Poste, banques…). Mais il s’était systématiquement heurté à un mur d’indifférence. La majorité a maintenant proposé une motion, mais cette dernière ne va pas assez loin et arrive trop tard.

Constatation d’évidences

Que constate le Collège communal ? « Que tous les citoyens ne disposent pas d’un PC performant et protégé, d’une connexion Internet, d’une imprimante ou d’un Smartphone ». « Que, pour réduire leurs coûts, les banques ferment bon nombre de leurs agences et que les espaces self banking disparaissent également, que des frais sont comptés lors des retraits d’argent effectués aux bornes automatiques des banques concurrentes et que les virements papier ont quasi disparu (…)». Elle considère que « cette évolution est particulièrement préjudiciable aux victimes de la fracture numérique, lesquelles se trouvent principalement parmi les publics suivants : les personnes âgées, les personnes avec un faible niveau de revenus, les personnes ayant un faible niveau d’instruction. »

Une évolution prévisible

Cette évolution n’est pas nouvelle. Les habitants de Bierges n’ont accès à aucune banque ; celles de Limal ont toutes disparu, sauf une. Sans aucune réaction du Collège (dont certains membres actuels étaient déjà présents à l’époque), qui a attendu que le phénomène frappe Wavre pour réagir. Trop tard. Comment expliquer son silence alors que cette tendance à se retirer s’effectue sous ses yeux depuis deux décennies ?

Tout à coup, est découvert « le rôle social à jouer par les banques et le besoin de maintenir, sur notre commune, un service de proximité (…) », et « le caractère essentiel du maintien d’un service bancaire de base comprenant l’installation d’automates bancaires à moins de 5 km des habitations, l’accès gratuit à ces automates permettant le retrait d’argent, la rédaction de virements et l’impression des extraits, l’octroi d’un certain nombre de virements papiers gratuits et un accueil personnalisé. »

Une réaction insuffisante

Comme solution (tardive), va être demandé « aux autorités fédérales et wallonnes d’étudier et de mettre en place toutes les mesures et mécanismes destinés à garantir une répartition équilibrée des distributeurs automatiques de billets » et « de poursuivre le dialogue avec le secteur bancaire pour le maintien d’un nombre suffisant et justement réparti d’agences bancaires de proximité. »

On ne peut que s’étonner, vu la gravité de la situation, de la mollesse de cette « demande ». Car il est vraiment temps qu’un combat digne de ce nom, courageux et volontaire, soit engagé pour rendre de l’Humain à la ville de Wavre.

C’est ce qu’a exprimé notre conseiller communal Christophe Lejeune lors de la séance du 23 février.


Intervention de Christophe Lejeune

“Nous nous félicitons évidemment d’une telle motion et nous constatons une évolution très positive de la majorité en ce qui concerne cette question de la fracture bancaire. Cela étant, nous trouvons vraiment dommage que cette volonté de lutter contre l’appauvrissement des services de proximité n’arrive que maintenant et alors que cette vague semble maintenant atteindre la ville de Wavre et son centre alors qu’une première vague de retrait des services de proximité à déjà sévi dans nos villages périphériques.

En effet, au début des années 2000, Limal a perdu successivement sa gare (en 2004) son bureau de poste (en 2007), et deux agences bancaires (en 2011 et 2013). Depuis, les habitants de Limal, pourtant toujours plus nombreux, doivent attendre le train sous la pluie et le vent en espérant que le distributeur de billets de train ne dysfonctionne pas sous peine de recevoir une amende dans le train. Ils doivent se déplacer jusque Limelette pour effectuer leurs opérations postales et chercher leurs colis qui, ironie du sort, augmentent en nombre depuis une année, à peu près… Et pour les services, ils doivent compter sur un seul distributeur encore à leur disposition mais… jusqu’à quand ? En ce qui concerne les conseils bancaires, il vaut mieux pour eux qu’ils aient choisi la bonne enseigne.

Pas un seul instant de ces années de pertes évidentes du service au public, la majorité n’a bougé le petit doigt. Pire, alors que nous menions le combat pour maintenir ces services, nous nous sommes fait rabrouer arguant que c’était la marche normale du progrès.

Nous aimerions donc connaître les arguments qui vous ont fait changer de position et qui font que vous nous rejoigniez concernant la défense d’un service de proximité .

Nous aimerions également savoir si vous comptez élargir ces réflexions à nos villages (Limal et Bierges) et à nos services communaux (antenne CPAS délocalisée, par exemple,…)

Aujourd’hui encore, 30% de la population comprise entre 16 et 75 ans sont incapables de se servir de manière optimale des nouveaux outils numériques issus du début de ce siècle. Je retiendrai une phrase entendue à la radio, sur la Première, qui résume beaucoup de choses : “Le numérique et toutes ces choses c’est formidable quand tout va bien. Cela vous fait gagner beaucoup de temps mais lorsque cela ne fonctionne plus, c’est à ce moment là que vous en perdez beaucoup plus.”
Il faut remettre de l’humain au centre de nos relations. Nous soutiendrons donc évidemment cette motion.”

Image par Nattanan Kanchanaprat de Pixabay.

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