Pour dynamiser le commerce de Wavre, dont les nombreuses vitrines en berne ne donnent pas une image très vivante, la Ville a décidé d’aider vingt candidats commerçants, par une aide financière. Une bonne idée, apparemment? Apparemment seulement.

Une ville qui se porte bien est une ville où l’activité commerciale est florissante ou en tout cas en adéquation avec son dynamisme local. Le groupe Écolo de Wavre soutient les propositions visant à la supporter. Mais pas lorsqu’elles sont bancales. C’est le cas de la dernière idée du Collège, qui a décidé d’offrir une prime mensuelle de 1250 € ou une prime à l’installation de 5000 € à des candidats qui souhaiteraient installer un nouveau commerce à Wavre. Un cadeau qui va, irrémédiablement, se retrouver sur le compte en banque des propriétaires privés des bâtiments.
Pour justifier sa nouvelle initiative, le Collège communal enfonce une porte ouverte avec un constat évident : “À l’heure où les centres-villes subissent la concurrence directe des shopping centers, des zonings périphériques et des géants du commerce en ligne, leur redynamisation est un enjeu primordial pour la vitalité de la commune.” Un constat paradoxal puisque, rappelons-le, c’est sa politique même qui est à l’origine du rejet en périphérie de nombreux commerces.
Il poursuit ensuite avec une liste à la Prévert des idées précédemment mises en place qui n’ont pas fonctionné. Citons :
“• les budgets toujours plus importants investis pour soutenir les commerçants implantés à Wavre,
• l’organisation de festivités toujours plus importantes,
• la mise en place de tout un dispositif d’accueil destiné aux porteurs de projets.”

Ces points ont coûté cher, très cher à la ville. Aucun n’a donné de résultats. Aucun. Et le Collège communal s’est-il posé la question de ces échecs ?
Non.

Devant ce gâchis, on pouvait espérer — enfin —, une réponse intéressante et novatrice. On pouvait s’attendre — enfin —, par exemple, à la réfection et à la piétonnisation du centre-ville, à la mise à l’air libre de la Dyle, à la verdurisation des places, à la réhabilitation des étages de magasins… Entre autres initiatives qui pourraient ramener des clients potentiels en ville et, en conséquence, redynamiser le commerce.
Mais non.

La Ville continue à investir dans ce qui ne marche pas. Pire encore, ici, elle décide de directement donner de l’argent public aux propriétaires des locaux commerciaux, dont on ne peut pas réellement dire qu’ils sont dans le besoin, et dont les loyers exagérés sont une des raisons de la disparition de certains commerces.

Pourquoi cela ne marchera pas ? Tout simplement, car, en respectant les lois du marché, en attribuant la moitié d’un loyer pendant un an à un commerçant, on lui donne l’illusion que son affaire est rentable — même avec un loyer surfacturé. Lorsqu’il devra s’acquitter de son loyer au tarif plein, celui-ci ne pourra plus assumer et se verra dans l’obligation de baisser pavillon. Ce n’est bien évidemment pas le but d’un soutien financier sur fonds publics.

Pourquoi ceux-ci vont-ils enrichir les propriétaires des locaux commerciaux ? Car — et c’est constaté par la Ville elle-même —, l’attractivité commerciale de Wavre est en berne. En toute logique libérale, la loi de l’offre et de la demande devrait adapter les loyers et ceux-ci devraient baisser pour tous les commerçants. En les finançant indirectement, la Ville empêche le marché de se réguler normalement. Les loyers wavriens resteront élevés et les commerçants alentour seront obligés de maintenir des prix non concurrentiels pour sauver leur entreprise sans faire plus de chiffre d’affaires pour autant. Les seuls à en profiter véritablement, ce seront les propriétaires qui auront pu maintenir, voire renforcer, leur rente sans améliorer leurs investissements.

Limal est un exemple particulier. Bien que nous ayons vu partir tous les services essentiels au public comme la Poste, le guichet de la gare et deux banques, les habitants et une population bien décidée à faire ses courses localement ont permis à ses commerces de tirer leur épingle du jeu. Ces dernières années en ont vu réapparaître et ils ont tendance à perdurer… sans aucun soutien financier de la Ville. Ils correspondent, tout simplement, à la population locale et à ses attentes. Les principaux responsables de ce redémarrage progressif sont certainement la présence d’un commerce de taille moyenne, une population suffisamment dense — mais pas trop —, une place refaite et piétonne (et, espérons-le, en attente de verdurisation), des accès faciles aux trains, bus et voitures (pour l’aspect cycliste, c’est tout autre chose), un dynamisme socioculturel (le pangolin, les parcours d’artistes…), la gratuité du parking…

Beaucoup d’aménagements restent à faire sur Limal et la situation est loin d’être idyllique, mais petit à petit, le village se reconstruit après avoir été au fond du fond dans les années 2000. Cela tend à nous prouver une chose : “Ce qui compte, ce n’est pas les aides ciblées; ce qui compte, c’est d’être en adéquation avec son public.”

Quand Wavre se décidera-t-elle à investir plus de fonds publics dans une amélioration de l’espace public et non plus dans des financements privés et des communications inutiles?

(Communiqué rédigé à partir du projet d’intervention de Christophe Lejeune au Conseil communal du 28 septembre 2021)

Image principale de JHertle sur Pixabay.

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